mardi 3 juillet 2007

Histoire d’un changement non-annoncé

Il était 23 heures vendredi quand je suis rentrée dans ma petite chambre de bonne du 16e arrondissement à Paris. J’avais les yeux encore pleins du ballet que j’avais vu à l’Opéra Garnier, le ciel de Chagall au plafond du palais, la chance que j’avais eue. Je m’étais présentée là en me traînant les pieds, j’ai tourné un peu avant de réaliser qu’il y avait un spectacle, et c’est en cherchant les guichets que tout a basculé...

— Pardon monsieur, pouvez-vous m'indiquer les guichets?
— C'est par là ; et il m'accompagne, en ajoutant: mais il ne reste plus de billets pour ce soir, tout est vendu. Je regarde vers les guichets, il y a trois japonaises qui discutent. Le type continue: mais c'est votre jour de chance car il y a une dame qui vient de me donner son billet en me demandant de l’offrir à quelqu'un, sa fille ne pouvait plus venir. C'est un billet de 80 euros.
- Oh, je fais, mais je le prends bien volontiers! A qui dois-je le régler?
- Mais il est à vous madame, il n'est pas à vendre.
Je regarde le type, éberluée, il me tend le billet, et répète: — c'est votre jour de chance!

Mes amis : j'étais assise le nez dans l'orchestre, personne devant! Je souriais aux anges. Le ballet La fille mal gardée dans une chorégraphie de Frederick Ashton — mélange le pantomime et la danse. C'est drôle, inventif, les deux héros respirent le bonheur de danser, la troupe est jeune, les costumes pleins de couleurs. J'étais ravie. La soirée a passée comme un charme.

Me revoici devant mon ordinateur à raconter cette merveilleuse soirée à mon chéri quand la cloche de courriel sonne : je termine mon récit, je vais voir qui peut m’écrire si tard, il est quand même 17 heures passées à Montréal... Et c’est là que mon jour de chance aboutit : mon boss du Devoir m’écrit qu’il voulait me parler avant que je parte pour l'été «mais on me dit que tu es déjà à l'extérieur du pays pour quelque temps. (J’ai écrit quatre chroniques depuis Paris déjà...) Tant pis!»

- Appréciez ici les mœurs des gens des médias, mes chers nouveaux collègues de blog. Ce n’est pas un courriel de congédiement non signé comme celui qu’a reçu Denise Bombardier après 35 ans passés à Radio-Canada, mais ça a une certaine parenté, vous ne trouvez pas ?

Eut-il été difficile d’écrire : «je voudrais te parler, à quel numéro puis-je te joindre ?» ...

Vous pouvez apprécier le choc ressenti, alors que je planais, me félicitant de ma chance, de me faire dire avant d’aller me coucher que je perds ma chronique, parce que le temps est venu de faire des changements.

Ça va mieux merci. Il est pire endroit pour souffrir que Paris, je vous le garantis. Je réfléchis donc actuellement à d’autres lieux d’expression qui me donneront la même liberté que celle dont j'ai profité pendant ces 299 chroniques au Devoir. Je commence ici, avec ce blogue. Vos réactions sont les bienvenues.

Carole, Paris le 28 juin 2007.

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