mardi 11 décembre 2007

Yoga chaud

Le Yoga chaud : c’est hot!

Avez-vous essayé le yoga chaud? C’est absolument génial. Vous entrez dans une pièce chauffée à 42 degrés Celsius, et pendant une heure et demi, vous étirez tout ce qui peut l’être entre vos oreilles et vos orteils. Vous suez comme jamais, vous souffrez jusqu’à ce que vous pensiez que vous n’en pouvez plus et là, le ou la prof vous dit : encore cinq secondes, on va plus loin! Vous pensez mourir, vous êtes étourdi, vous allez vous évanouir. Ça brûle quand la sueur coule dans vos yeux. Si vous avez l’idée de ragarder les autres dans le miroir, ils — elles, il y a surtout des elles — sont tous plus souples que vous. Du coup, vous perdez votre équilibre car la concentration doit être totale. Vous devez vous regarder dans le miroir, les yeux dans les yeux, mais vous ne manquez pas de voir la cellulite qui galbe vos cuisses, le petit bourrelet sous votre estomac. Et mye, que mes cheveux sont bizarres ce matin. Boum, reboum, vous perdez encore l’équilibre. C’est divin.

Et c’est hot : les stars hollywoodiennes, bien évidemment, en ont fait leur chou-chou actuel dans le monde du bien-être corporel, ou une nouvelle approche n’attend pas l’autre. C’est le dernier cri, on vante le yoga chaud qui peut guérir les blessures, qui fait perdre du poids, qui vous forme le caractère et le corps en même temps.
Un nouveau studio est ouvert depuis peu sur le Plateau Mont Royal, c’est dire si c’est tendance...

Ce qu’on ne dit pas : ce sont toujours les mêmes mouvements, dans le même ordre. Monsieur Bikram qui a eu l’idée de ce yoga a la main haute sur toutes les franchises qui doivent suivre son programme de manière stricte et lui verser des redevances et des droits d’auteur. Il est allée défendre cela devant les tribunaux : son enchaînement de mouvements a maintenant un copyright, comme un morceau de musique. Il a plaidé que les notes existent pour tous, mais que l’organisation des notes fait de la musique, protégée par la loi : c’est la même chose pour le yoga. Le juge américain lui a donné raison. Cet homme d’affaire Indien est devenu riche.

Son histoire, elle, est devenu légende. Ancien champion de yoga en Indes — on fait là-bas des compétitions de postures, comme vous savez — il a été blessé et les médecins (qui sont des dieux là-bas aussi) lui ont dit qu’il ne pourrait plus marcher. Il est retourné voir son maître en se traînant, il a recommencé à s’entraîner, a compris le rôle de la chaleur et puis quand il a marché de nouveau, il s’est lancé en affaires. Il fait de son exemple sa meilleure pub, il est allé en Californie, là où naissent les tendances, et voilà. Ce sont les anglo-montréalais qui ont amené le yoga Bikram à Montréal, et doucement, la bonne nouvelle se répand.

Le yoga n’est pas exactement nouveau, mais le yoga à 42 degrés est en passe de remplacer le Pilates comme tendance à la mode. La méthode Pilates est encore dominante, bien entendu. Tout le monde fait du Pilates maintenant (on vend des kits dans les chaînes d'aubaines!), il y a des variétés dans la pratique, des accessoires — j’ai vu des chaussettes à orteils, antidérapantes, récemment! — bref tout un commerce a fleuri autour de cette méthode pourtant exigeante.

Ce n’est pas moi qui m’en plaindrai. Même approximative, la méthode Pilates nous fait travailler les abdominaux profonds, la posture, nous permet d’allonger notre silhouette. Il y a des studios qui ont commencé à offrir des formules aérobiques — c’est la principale critique que l’on faisait au Pilates. On y ajoute des compléments d’exercices : on a commencé à introduire le Gyrotonic, un autre appareil (qui nous vient de Pennsylvanie, cette fois) qu’on nous vendra bientôt à la télé en nous promettant monts et merveilles. C’est souvent vrai, remarquez. Ce que cela ne fait pas, hélas, c’est nous motiver, nous donner rendez-vous pour y travailler notre corps, nous accompagner en nous encourageant. Peut-être un jour aura-t-on de ces machines parlantes qui nous diront : bravo, encore un coup? Qui sonneront l’heure du rendez-vous? Qui nous corrigeront automatiquement? ... Ajouter un ordinateur à ces appareils ne devrait pas être si compliqué?

Entre le Pilates et le yoga chaud, vous pourrez toujours insérer une séance à votre gym préféré. Old habit die hard...

mercredi 5 décembre 2007

L'économie de la mode

Mon dada du moment? L’économie de la mode.

Il y a au Québec des designers qui portent la mode à bout de bras depuis des années, sans trop se plaindre. Marie St-Pierre, Yves-Jean Lacasse me viennent tout de suite à l’esprit. Des gens de qualité, généreux, qui ont une résilience certaine. Des jeunes aussi, Judith Black de Bodybag, que j’ai interviewée à distance alors qu’elle était à Winnipeg avec un carnet de rendez-vous qu’elle s’était organisé — pour montrer ses vêtements à des boutiques, dans l’espoir qu’elles acceptent de prendre en consigne quelques pièces. Ce courage, cette persévérance et cette ténacité m’émerveillent.

…Alors que nous sommes dans une période mondiale où les grands groupes du luxe dominent la mode en ayant fait, des noms de grands créateurs, des coquilles hypocrites.

Balanciaga, le maître de Ungaro? Balanciaga appartient au Groupe Gucci, qui possède aussi Yves St-Laurent, Bottega Veneta, et Alexander McQueen. Ungaro, qui a résisté longtemps, a fini par céder sa maison. En 1996 le groupe italien Ferragamo l’a acheté pour la revendre en 2005 au fonds d’investissement d’Asim Abdullah, un entrepreneur américain d‘origne pakistanaise. Christian Lacroix, qui se promène fièrement? Vendu au groupe Falic, spécialisé dans le duty-free, il y a deux ans. Louis Vuitton appartient à Bernard Arnault, comme on le sait. Chanel? C’est un fabricant de cravates qui a repris la maison, un allemand nommé Ernest Wertheimer, fils de Pierre, qui avait la confiance de Coco (elle avait décidé de la fin de Chanel en 1939.)

Alors, parlez-moi des designers, des créateurs? Tom Ford, qui était devenu une vedette cachée derrière un nom célèbre (YSL), est parti du Groupe Gucci et a fini par lancer sa griffe, comme s’il était... Philippe Dubuc, mettons! Je rigole, il est bien certain que la notoriété d’un Tom Ford lui ouvre des portes que force notre Dubuc, qui a néanmoins vu celles de Simons s’ouvrir à lui et ainsi l’aider à sortir de la noyade.

L’économie de la mode, au Québec? Début octobre, le gouvernement en la personne du sympathique Raymond Bachand lancait sa Stratégie de l’industrie québécoise de la mode et du vêtement. On a parlé de 82 millions de dollars d’ici à 2010 (environ 27 millions par an) «pour appuyer les efforts de positionnement de l'industrie.» On a bien sûr ressorti pour l’occasion le sempiternel air de «Montréal capitale de la mode», sans mentionner bien entendu que l’industrie du vêtement — on ne parle pas de mode ici, qui sous entend création et non copie — l’industrie du vêtement donc, enfant gâté des gouvernements jusqu’à ce qu’ils soient obligés de cesser les quotas en 2005, n’a jamais vu l’intérêt de la recherche et développement, comme on dit pour parler de design ou de créativité. Pas de textiles ici, voyons! Ce n’est pas notre marché! ...Comment voulez-vous que des créateurs travaillent ? Ils vont dans les salons internationaux en Europe, ils essaient de convaincre un fabricant de leur laisser un petit bout de ceci, une petite commande spéciale de cela ... nos quantités étant considérées comme une blague.

Personne , entendre pas un journaliste, n’a parlé de cela ? Mais nous n’avons pas de journalisme culturel, nous avons des journalistes rapporteurs, des critiques circonstanciés, mais qui a le beat d’enquêter sur une partie de la culture ? Pas moi, je suis trop vieille pour être engagée (au Devoir, par exemple), on se sert de ma connaissance personnelle de temps en temps, la connaissance que je me paye à ma moi-même. Sans fond de pension ! Il y a bien Michel Coulombe, pour le cinéma, mais il écrit surtout des livres : qui paie pour écrire un livre, au Québec, sinon l’auteur lui-même ? Bon j’arrête, si je me lance la-dessus je ne reviendrai pas à la mode, qui est le sujet de cette chronique.

Lors de la conférence de presse, le ministre Bachand a dit, et je cite (du communiqué qui est sur le site de son ministère) : « Plus que jamais, le capital humain, l'originalité, l'innovation, le design, la créativité, le recours aux nouvelles technologies et les nouveaux modes de commercialisation seront au cœur du succès de cette industrie. » Lisez-vous entre les lignes ?

Le travail qu’a fait la Semaine de la Mode depuis trois ans, les succès personnels, j’insiste, des designers, permettent au gouvernement de penser venir au moment où ça pourrait lui rapporter. De l’opportunisme qui repose sur le travail de fonctionnaires qui ont suivi assidûment et encouragé discrètement la Semaine de la Mode. Je les ai vus chaque fois que j’y allais. Des hommes qui avaient l’air de comprendre à quel point le gouvernement a négligé la création — la culture, quoi — du design de vêtements — on pourrait même dire du gouvernement qu’il a travaillé contre les créateurs, de concert avec l’industrie du cheap labor incarné dans les sweat shops. Du sabotage par omission, par aveuglement, par vision à court terme, par manque de culture. Les ministres ont-elles commencé à porter nos designers québécoises ? À part André Boisclair, et c’est déjà du passé, qui a cette conscience culturelle ?

Ces beaux nouveaux millions québécois ne sont évidemment pas la solution. La solution passe par ce que Donna Karan, et autres Vera Wang ont réussi à New York: intéresser un industriel tout en gardant le contrôle créatif. Ce qu’est en passe de réussir, lentement mais sûrement, Andy The Anh, à qui l’on souhaite la meilleure des chances possibles. Il se sera fait tout seul, merci. Non: ce n’est pas comme Donna Karan, qui avait beaucoup d’appui, après être tombée dans la marmite familiale à sa naissance et avoir travaillé 10 ans pour Ann Klein. Ce sera un peu comme Wang, qui a bâti sa compagnie sur une spécialité (les robes de mariée) avant de prudemment commencer son expansion.

Si l’argent du gouvernement n’est pas LA solution, de l’argent pour la mise en marché, la pub, le développement international, ce n’est jamais inutile. Si Philippe Dubuc en avait eu, par exemple, cela aurait peut-être pu lui éviter la faillite, qu’il a attribué à l’époque à un trop gros endettement pour les aspects de développement et de marketing de sa compagnie.

Il faut bien comprendre que la compétition, dans le marché de la mode, est autant locale qu’internationale. Les riches montréalaises anglophones vont chez Holt Renfrew se choisir un tailleur Chanel, coquille hypocrite dont je parlais plus haut. Les autres, comme vous et moi, ne pipons mot en mettant la main dans nos poches pour du Hugo Boss, mais nous nous récrions que Philippe Dubuc est cher. Entendre: pour ce que c’est (l’un de nous). Comment l’UN DE NOUS peut être assez bien, je vous le demande. On va acheter du Dona Karan plus cher que du Marie St-Pierre — évidemment!

Il faut dire que nos designers sont mal distribués, ils ne produisent pas assez… retour à l’industriel absent qui préfère copier a rabais un modèle qui marche, le fabriquer en grande quantité - nous sommes la CAPITALE de la mode, rappelez-vous, et le vendre au prix du marché n’importe où.

Le jour où nos représentants, nos élites de tous les domaines de la société — et je pense à Nancy Kerrigan qui a porté un design exclusif de Vera Wang pour patiner aux Olympiques de 1994 — si donc nous développons une culture du design, ce sera gagné. En attendant, les millions du gouvernement font pansement sur bobo, quand le problème est systémique.

Cette montée de lait écrite sous la neige à Notre-Dame-de-Grace, qui n’a même pas déblayé les trottoirs en ce 5 décembre 2007.
Ah ! un dernier mot : s.v.p. inscrivez-vous pour des commentaires, ça me tue de voir 0 . Vous continuez de m’écrire à vallieca, c’est gentil, mais ici, ça m’encouragerait à reprendre du service. merci d’avance.

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