Les colonies médicales
J’aime bien le docteur Yves Lamontagne, c’est un gentil monsieur, d’agréable commerce, j’ai lu ses livres, il a des idées qui me semblent intéressantes.
Mais je suis tellement choquée quand j’entends parler le président du Collège des Médecins que parfois je pense qu’il blague. Je l’ai déjà entendu dire que les médecins « du Sud », ne fréquentant pas les mêmes maladies, et ne sont pas compétents lorsqu’ils arrivent ici. Je paraphrase à peine et si ça se trouve, j’atténue.
J’atténue sans doute, car chaque fois, je me dis que j’ai mal compris, ça ne se peut pas. On ne peut pas être intelligent, artiste à ses heures — et à ce point obtus.
Eh! bien oui.
Quand je lis que le président Lamontagne croit que les «médecins des colonies », qui risquent d’arriver via la France, vont diminuer la qualité des soins, cela confirme que je n’avais pas la berlue. ( C'est dans le cadre d'une entente que négocie le gouvernement Charest avec la France pour permettre à des médecins de venir combler nos besoins)
Si le président de l’Ordre des médecins (ce qu’est le Collège : un Ordre dont le premier but est de protéger le public, de défendre nos intérêts) est raciste publiquement sans provoquer de tollé, je ne comprends plus rien, alors qu’on sort de plusieurs mois de commotions accommodantes sinon raisonnables.
Tout le monde sait que des médecins qui ont immigré au Québec balaient des immeubles ou conduisent des taxis : le dernier que j’ai rencontré — c’était la semaine passée — apprenait le français, pour avoir la permission de pratiquer. Il avait été médecin au Brésil, avait étudié aux Etats-Unis. Il acceptait qu’il devait comprendre et parler le français, même s’il avait l’intention de travailler dans un environnement anglophone de Montréal. Un médecin des colonies?
Défendre les intérêts du public, mes intérêts et les vôtres, alors que le plus important problème actuellement de notre système de santé est l’accès, ce serait quoi, selon vous?
Euh... favoriser l’accès? Par tous les moyens qui sont en notre pouvoir ? Comme permettre aux médecins étrangers de pratiquer la médecine ? Les aider, peut-être, en leur expliquant le cadre de leur évaluation ? On l'a déjà fait à L'université Laval: un succès.
Quand on arrive de l'étranger — quiconque a vécu ailleurs autrement qu'en touriste sait cela — la bureaucratie locale est un casse-tête. Quand on parle la langue. Les manières de faire du pays, la logique interne nous échappent. Il faut s'adapter. Ça prend un certain temps.
Ainsi, un lieu d'accueil serait sympa — comme une réunion que l'Ordre organiserait pour faciliter les démarches, que les gens comprennent l'approche occidentale, qui peut sembler inhumaine et technologique à outrance à certains. Le but serait de permettre à un maximum de médecins étrangers de se familiariser prestement, d’obtenir les connaissances nécessaires — et je ne parle pas de biologie ici, mais pensez à notre industrie pharmaceutique, par exemple ( mais peut-être qu'on ne peut pas dire la vérité publiquement?) ... Et on pourrait dans la foulée inviter les médecins québécois qui ont besoin d'un petit recyclage. Ça existe. Cela permettrait aux médecins étrangers de commencer à rézeauter, et ils développeraient leur confiance en eux en voyant la qualité de leurs collègues québécois...
En 1989, j’ai fait un reportage d’affaires publiques pour Montréal ce soir (ça portait ce titre) sur les médecins immigrants qui faisaient la grève de la faim pour assouplir les règles leur permettant d’exercer.
L’Ordre, les Universités, les Gouvernements... ont resserré les règles. D’un côté de la bouche, le gouvernement via ses agences ouvre la porte aux médecins étrangers, de l’autre côté de la bouche il met la barre à une hauteur irréaliste. Soyez tels que nous sommes, et on vous permettra d’exercer la médecine. Il n’y a que notre formation, que nos critères qui soient valides. Tel est le discours qui n’est pas dit. «Vous devriez voir leur formation », répond le Collège. « Tout le monde n’a pas la même qualité que nous!»
Ah, notre qualité. Notre si grande qualité. Hors notre formation, point de salut. Notre formation est perfectible? Il se pourrait que des médecins étrangers en sachent plus que nous? Le corporatisme ne regarde pas de ce côté, il regarde seulement lui-même, et ce que les autres n’ont pas qu’il a.
Bien sûr, chers amis, nous avons besoin de contrôles, de critères, nous voulons que les médecins étrangers se familiarisent avec notre cher beau système de santé avant de les précipiter dans le tas. Il n’est pas question ici de les accueillir automatiquement, il est évident qu’il faille vérifier leurs compétences. C’est pareil pour un ingénieur, n’est-ce pas. On n’est pas des benêts pour dire à bas les contrôles. Mais il y a une différence entre contrôles et rejets, ouverture ou fermeture.
Si vous allez à Toronto, vous remarquez avec étonnement que les médecins sont Indiens, Pakis, que sais-je... Ah, pourquoi ne viennent-ils pas au Québec où l’on manque de médecins partout, dans toutes les spécialités et chez les généralistes aussi? Si on a comme priorité la population plutôt que la protection des intérêts à court terme de ses membres ?
Peut-être faudra-t-il attendre de voir si des médecins étrangers portent réellement leur cause devant les tribunaux de l'ONU pour le savoir.... Souvenez-vous: il y a des médecins étrangers qui se sont vus refuser une résidence après avoir réussi tous les examens requis; ils ont menacé d’aller à l’ONU, au printemps dernier.
Vous me parlez de tourisme médical ? Vous me dites que nous prenons des avions pour aller nous faire opérer au Tiers Monde où c’est moins cher? Inde ou Cuba, du moment qu’on a des soins de qualité ? Pourtant, notre Collège des médecins dit que les médecins du tiers monde sont moins qualifiés. D’emblée !! Tout d’un bloc ! S’ils ont le droit de pratiquer en France, ça ne compte pas. Les Français sont moins bien soignés que nous par les médecins des colonies ????
Il y a quelque chose qui m’échappe ou quoi?
Ce qui m’échappe, c’est le mot «colonies ». Les médecins des colonies. Tout le mépris des colonialistes à l’ère de la mondialisation. Un québécois colonisé qui regarde de haut les autres colonisés : ma colonie est meilleure que la tienne.
Il n’y a plus de colonies, pourtant. Les Québécois se sont affranchis depuis les années 60, comme la plupart des peuples colonisés par la France ou par l’Angleterre ou un autre pays colonialiste. La colonisation de nos jours, c’est une affaire israélienne, pas québécoise, il me semble?
Ce qui m’échappe également, c’est le silence et la complicité des médias.
Mais cela ne m’étonne plus

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