la mode pour tout le monde?
Certains Couturiers disent que pour porter leur vêtement, on doit vouloir se démarquer. Ne pas avoir peur d’attirer l’attention.
Toutes les circonstances ne requièrent pas d’attirer vers soi l’attention, pourtant. Vous devez avoir une personnalité forte pour porter Untel? Ce Couturier limite donc ainsi son rayonnement, se réservant pour les quelques heureuses à la vie peu banale, faisant envie... C’est l’apanage de l’industrie du luxe. La rareté, le désir, font partis de la mise en marché du luxe, et la Couture est dans le lot; les sacs à 600 $ produits pour 30 $, par exemple, comme on l’a appris récemment et qui a causé tout un émoi dans les cercles conscients de la valeur du Made in Italy . Si les riches veulent être les dindons de la farce, est-ce que ça nous regarde?
Et pourtant.... cette réaction de Couturier prônant la différence ne vient-elle pas en réponse à l’espèce de neutralité ambiante? Ne sommes-nous pas devenues paresseuses, portant à peu près toujours la même chose, ne prenant pas le temps, ne faisant pas l’effort du détail qui nous personnalisera? Le vêtement est une expression de soi, qu’on le choisisse ou pas, et la peur de la faute de goût n’est pas une raison suffisante pour la banalité de notre «look ». Quand on sait qu’on peut devenir vraiment personnelle par notre façon de porter un foulard, une ceinture, et qu’on exprime son goût de cette manière... pourquoi se priver? Ça ne prend pas une fortune, ça prend une attention à l’image de soi que l’on projette. Et l’on projette une image de soi-même sans attention!
Bien entendu, on n’a pas toujours l’énergie de se soucier de son apparence, parfois nous sommes entièrement prises par notre vie, d’où l’importance d’avoir des kits, d’y penser ponctuellement pour choisir, au lieu de se conformer dans le plus parfait mauvais goût ambiant. Se rappeler qu’on a un corps; en prendre soin, garder un certain équilibre, le plus souvent possible.
Les Couturiers nous proposent des CHOIX. Tout ne nous convient pas — même pour habiller leurs modèles, ils font des choix! Il faut par conséquent s’informer un peu, ouvrir les yeux. Il est préférable de se connaître, de connaître les éléments de son corps à mettre en valeur. Les rondes, par exemple, n’ont pas de salières, et par conséquent peuvent porter de très beaux décolletés. N’allez pas attirer l’attention sur vos hanches, mettez votre gorge en valeur!
Les très minces ne peuvent pas tout porter, contrairement à ce que l’on croit généralement. Si elles n’ont pas de poitrine, elles doivent diriger les regards plus bas! Elles peuvent porter des bottes rouges, des foulards qui habillent! Celles qui ont la poitrine généreuse ne flattent pas leur silhouette avec une robe taille haute! Ça tombe sous le sens, alors pourquoi voit-on des victimes de la mode qui s’enlaidissent?
On peut toujours regarder vers le passé pour être originale : c’est ce que tous les Couturiers font. Bien entendu, les défilés où sont présentés ces vêtements sont un théâtre, et les vêtements sont portés par des femmes juchées sur des plateformes si hautes qu’on parlerait d’échasses plutôt que de chaussures. Elles marchent mal - et elles tombent, eh oui, bien plus souvent qu’on le voit ou l’imagine. Elles ont souvent les pieds par en dedans, leur posture les déforme, et pour justifier ces abominations, elles se déséquilibrent à chaque pas en montant haut le genou avant de poser le pied. C’est leur modus vivendi. L’époque. La scoliose exagérée met-elle en valeur le vêtement? Doit-on se déformer pour porter les Couturiers? Je voudrais bien un jour voir un mannequin au corps sain défiler dans de beaux vêtements, des vêtements extravagants et théâtraux. Je voudrais bien un jour voir des femmes qui ont des hanches, porter devant tout le monde une robe affriolante. Sans que l’on tombe dans les Big Girl, une femme qui aurait un corps de femme, sein-taille-hanche, elle serait mince, mais pas un «boy with tits» comme disait Tom Wolfe. Ou mieux encore : un défilé où on aurait des corps de femmes différents; ça existe des vrais maigres, pensez à Calista Flockhart. À côté d’elle, on peut mettre une Drew Barrymore, vous voyez ce que je veux dire? Un défilé avec des modèles, mais pas le même modèle décliné sur tous les corps...
Je rêve. Il n’y a pas beaucoup d’innovateurs dans ce milieu, le conservatisme ambiant règne en maître et roi, déguisé derrière la folie de la création... Il ne faut pas mélanger les pinceaux. Ce n’est pas parce qu’on a des audaces (toutes dans la même direction) qu’on est socialement avant-gardiste.
Pour nous, ce n’est pas une excuse pour détourner le regard. Nous avons, ici, d’excellents Couturiers, des artisans qui ont du talent, parfois pignon sur rue. Ils manquent cruellement du soutien des communautés qui pourraient — et devraient — porter fièrement la Couture Québécoise. Les gens d’affaires, les milieux de la culture, les gens qui nous représentent à l’étranger, les milieux politiques. Pourquoi, quand une occasion se prépare, ces femmes se vantent-elles de porter Untel d’Europe? Pourquoi ne pas valoriser nos Couturiers, nos Marie St-Pierre, Philippe Dubuc, Yves-Jean Lacasse et autres Andy The An?
Le milieu de la mode a du pain sur la planche, et peut - être que les médias se réveilleront et parleront d’eux plus souvent.
Je le fais quant à moi de temps en temps, et les quatre prochains samedis, dans le quotidien Le Devoir, vous pourrez lire des interviews que j’ai fait avec des Couturiers. C’est la troisième série que je fais, toujours dans le cadre de la Semaine de la Mode.
Vous m’en donnerez de nouvelles.

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