L'égalité
Les gens qui me connaissent depuis longtemps savent qu’à 20 ans, j’ai été une féministe militante. À 18 ans, j’ai écumé les tavernes de la rue Ontario, avec des copines du «Comité Femmes» de mon Cegep, un soir où il y eut un meurtre juste après notre passage. J’ai co-crée un petit journal féministe, manifesté dans les rues...
J’ai quitté le féminisme, car je me sentais mal à l’aise sur les questions de vie privée. L’écart entre les principes et la complexe réalité des émotions m’indisposaient : j’ai pratiqué la psychothérapie pendant deux ou trois ans pour me comprendre. Je me suis éloignée de la rigidité des principes, je ne peux donc plus être militante. J’essaie de rester honnête, c’est le plus loin que je peux me rendre. Une route difficile, aux nombreuses fourches, pleines de roches, de ruisseaux, de boue, parfois un long bout plat ensoleillé. J’ai adopté la complexité, en somme.
Ceci n’empêchant pas cela, je suis toujours intéressée par les questions de sexisme, d’égalité, et ces temps-ci, on peut m’entendre dire que je comprends bien que Barak Obama ait le vent dans les voiles pendant que Hilary Clinton rame : on déteste moins la peau foncée (quel euphémisme!) que les femmes, collectivement. Et attention : je le pense — ce qui montre qu’on peut adopter la complexité et rester simpliste de tout cœur, avec toute notre conviction. (Penser qu’il y a toujours quelque chose de vrai dans les clichés.)
J’entendais hier ( 5 mars) une féministe canadienne dire à la télé (Une heure sur terre) qu’on ne peut pas imposer un changement par la tête, ça prend un mouvement social large, une vague de fond. Clinton n’est pas une imposition par la tête, ça fait trente ans que des femmes gravissent les échelons.
Cependant qu’on en soit encore, en 2008, à parler d’égalité ne doit pas nous étonner. L’humanité n’évolue pas au même rythme, même à l’intérieur d’une famille, alors une société, un continent, une planète! Avance, recule, fait un bond en avant. Tous les scénarios coexistent. Et puis l’égalité, c’est pas noir et blanc tout le temps. Souvent, mais pas tout le temps!
Parlons donc d’égalité. Ce 8 mars 2008 voit la première édition du Prix Égalité du gouvernement québécois. 18 projets ont été retenus parmi 65 candidatures — on a fait 6 catégories. Le Magazine Authentik écrit par des jeunes filles, a gagné dans sa catégorie. Avec un tirage de 10 000 exemplaires et une distribution surtout au travers des Maisons de Jeunes, le magazine affirme rejoindre 30,000 adolescentes. Allez voir à : http://www.scf.gouv.qc.ca/politique/prix-egalite-laureats.asp
Si vous êtes amateur de magazines, vous connaissez tous les Filles d’aujourd’hui, Adorable et autres Cool : du potinage, du shopping, de la mode, des conseils de vie adaptés à l’adolescence et presque toujours orientés vers la consommation (très peu d’information). Ma fille a toujours détesté cela. Pas de tête, juste de la superficialité. Je lui ai toujours répondu : mais qui n’a pas besoin de superficialité de temps en temps? Je me répondais toute seule : mais pourquoi ces magazines n’ont-ils pas besoin de contenu de temps en temps?
Alors, rabattons-nous sur Authentik, à qui je souhaite une distribution en kiosque —un deuxième numéro est attendu pour ce printemps.
Progressons vers la question de fond : peut-on aimer la mode, lire les magazines de mode, et continuer de croire qu’il faut dénoncer la discrimination, le sexisme, et les autres carcans dans lesquels nous vivons?
Non, la vraie question est : comment. Comment aimer la mode, la beauté du dessin de couture, la Couture, les défilés qui sont des théâtralités, comment acheter ces crèmes de beauté, comme jouer la séduction, la féminité.... et revendiquer la santé, l’intelligence, le respect de soi, l’égalité sociale. Comment jouer avec les normes pour contester la discrimination, sans imiter un homme, en restant une femme, en restant féminine alors que les frontières de cette notion sont floues et remplies de débris d’Histoire et de clichés...
Dans un épisode de CSI Miami, la blonde sexy répond à un macho : I type almost as fast as I shoot.
Cultivons l’humour.
Cultivons l’intelligence.
Et peut-être que la bêtise n’aura plus le haut du pavé . Le macho est souvent un épais — mais gardons-nous de généraliser. Il y a des machos subtils, rusés, brillants. La peur/haine des femmes est un tabou, on ne peut pas voir toutes ses ramifications profondes.
Peut-être aussi que les journalistes pourront évoluer. Car on parle du rôle des médias, depuis que le sexisme entourant la campagne de Clinton est devenu une notion publique. Mais c’est qui les médias ? Ce sont des gens qui parlent, qui écrivent. C’est en plus une mentalité de groupe. Dire : les médias sont machos, c’est facile et ça recouvre le tout. Qui sont ces hommes — et certainement ces femmes qui ont adopté les valeurs des hommes —qui sont ces personnes, acceptent-elles de se remettre en question ? Les mea culpa font de bonnes histoires, mais si on est le héro de sa propre histoire?
Cela dit sans intention de chasse aux sorcières. On peut se remettre en question sans haine. Il y a des alternatives au machisme. Déverouiller le cerveau, jeter les préjugés aux poubelles, faire un effort, quoi.
Je nous souhaite de trouver des formes variées d’alternatives au sexisme pour que nos différences ne soient pas sources d’inégalité, mais que nous puissions nous respecter et nous valoriser à travers elles.
Amen.

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