L'univers de la Mode à Montréal
Ah, la beauté de la Mode. La diversité des propositions, le talent de mettre ensemble tant de différences. Cette présentation des collections automne-hiver 2008-2209 nous donne, presque, envie de l'hiver, cet hiver qui ne se décide pas à nous quitter et que l'on pourra habiller élégamment...
En portant d'abord, si on suit les propositions présentées en cette deuxième journée de défilés, beaucoup de mélanges de tissus sur un même vêtement, parfois en patchwork, souvent en ton sur ton dans des tissus différents. Des lignes cassées, souvent plus courtes à l'avant et plus longues derrière, même pour les manteaux. Des manteaux qui ressemblent à des robes, tellement l'effort de Couture est présent. Ça, ça pourrait faire une différence : il y de la place pour de nouvelles coupes dans les manteaux au Québec, à condition que les Couturiers n'oublient pas qu'il fait moins vingt plusieurs jours par année.
L'imagination de ces Couturiers, l'inventivité... et je ne suis pas la seule à regarder tout cela avec des yeux ronds! Quand on a vu la qualité de la présentation de Helmer , on était soufflés, tous. Sa fantaisie, le soin des détails : une proposition forte. Une identité derrière le vêtement.
La première soirée des Défilés nous amenait ailleurs. Les Marie-Antoinette de Envers richement vêtues, l'extravagance folle des robes, les manteaux d'homme évoquant un Napoléon moderne... Muse qui nous a amenés dans son univers de bourgognes, noir, gris, avec des collants lustrés sous les jupes qui amènent les ensembles jupe-veste ailleurs que dans le tailleur! Et Marie St-Pierre, ses boucles, ses noeuds, ses frissons de matière évanescente. La maîtrise technique à l'oeuvre dans le beau, en rouge, noir et blanc. Pour qu'une robe blanche soit belle, et qu'on ne fasse pas mariée pressée, il faut une coupe et une idée, pensez-y!
Nous avons donc une Semaine de la Mode qui raconte ce que nous sommes: parfois de la Couture voisine de la Haute Couture, parfois du prêt-à-porter honnête, parfois du prêt-à-porter cousine de la Couture, et aussi du prêt-à-porter chinois, du travail — bien fait peut-être, mais qui ressemble à ce qui est beau ailleurs. C'est tout ça, la mode à Montréal, et c'est ce que la Semaine de Mode de Montréal reflète.
On ne peut donc pas parler de manque d'unité ou d'identité de la Semaine. Unité de trois ou quatre, ça ne fait pas une Semaine de Mode. Nous n'avons pas la masse de Couturiers arrivés à maturité qui peuvent présenter deux collections par année, mais nous avons la chance de voir un bon éventail de l'offre, un dynamisme et une volonté de création que l'on encourage. Cela demande de notre part de la tolérance. Comme on n'est pas connaissant comme Ti-Jo, et qu'on a les yeux tournés vers l'Europe qui devient un baromètre tordu car pré-emballé, mystifié par les magazines, on se doit de garder un esprit ouvert, et d'apprendre à élaborer un jugement, très doucement. J'ai eu la chance de regarder quelques défilés avec Jean-Claude Poitras, dont la gentillesse m'a fait comprendre à travers ses commentaires que si j'ai des goûts, j'ai somme toute peu de cadre d'analyse.
On comprend ce que l'on doit au couple Durivage-Daviau quand on saisit l'ampleur des événements qui se déroulent en même temps, les défilés discrets dans des pièces, la Passerelle, le showroom, les conférences... Chapeau. La Semaine de mode de Montréal a pris un élan cette année qui augure d'une réussite à long terme, et je ne peux m'empêcher de penser aux débuts du Festival de Jazz, que j'ai vécus de l'intérieur alors que l'organisation avait un petit bureau saisonnier dans un demi sous-sol de la rue Ontario. Je me prends à espérer que Sensation Mode mène sa barque avec une stratégie rassembleuse, d'où le public n'est pas absent, qui se gagne les médias un peu plus chaque année. Je ne rêve pas: j'ai confiance.
La Semaine de la Mode, version sévère :
Quand on a vu un gars défiler en t-shirt et jeans, on a été plusieurs à éclater de rire. A-t-il oublié de se déguiser en modèle? On peut bien être pour l'écolo dans le vêtement, on aime bien que ça intègre la création...
Les défilés se suivent et ne se ressemblent pas, ou se ressemblent en tant que défilés? Ils donnent l'impression d'être conçus en fonction des photographes au bout de la passerelle : le public n'a qu'à se dévisser le cou. Le rythme est... souvent vaseux. Des trous dans le défilé des mannequins, puis l'abondance saccadée. La lenteur , ou la précipitation. La musique est.... conventionnelle. Du techno assez ordinaire à plein volume, la re-visitation des années 80 avec «I love rock and roll» ou Abba qui saturent dans les aigus.... L'ingénieur de son doit être à moitié sourd, comme d'habitude. Ma fille de 19 ans et ses amies ont ADORÉ cela. Moi, quand je pense à tous ces groupes d'AUJOURD'HUI, ces groupes À LA MODE qui pourraient être entendus, je trouve paradoxal que pour les yeux on fasse de la mode, et pour les oreilles, pas trop. Helmer nous a passé de la techno de bon goût, c'est vrai. Sinon, pas de couturiers dans l'air du temps... faut le faire! Est-ce que la musique techno est la convention musicale des défilés? Partout dans le Monde?
On m'a dit: il y a de la bonne techno, il ne faut pas tout mettre dans le même panier. Entre ce qui se fait à Londres et à Moncton, un monde. Je veux bien. Je ne tiens pas à aimer la musique, mais je voudrais qu'elle soit aussi bonne que... dans les raves, mettons.
Les mannequins ont la mine boudeuse : ça oui, c'est une convention internationale. Le sens du jeu? La fantaisie? On attendra encore un peu. Les créateurs ont pensé aux cheveux, avec des coiffures extravagantes ou des coiffes complétant le costume, et c'est visuellement fort. Mais quand on voit à la télé des images de Défilés d'ailleurs où les mannequins sautent, jouent, séduisent.... on aurait envie qu'un brin de fantaisie visite la Passerelle de Montréal.
Voilà, ma sévérité s'arrête là, car je suis surtout habitée par la gentillesse et la disponibilité du personnel d'accueil, des attachées de presse — n'oubliez pas que la Semaine de la Mode, comme partout, est pensée d'abord en fonction des médias et des acheteurs. L'organisation de la Semaine de la mode connaît des ratés, comme tous les événements du genre. On peut toujours peaufiner le service, mais il y a tant d'imprévus, et à mesure que la Semaine prend du galon, il y en aura de plus en plus. Gérer les relations de presse lors d'événements d'envergure est un casse-tête qui demande de la diplomatie, de la patience, un sens incroyable de la débrouillardise et des solutions miracles qui, on ne sait pas comment, finissent presque toujours par arriver.
Je vous laisse sur ces réflexions, j'y retourne....

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