dimanche 1 juin 2008

De Profondis pour Yves St-Laurent

Il était né un premier août, il meurt un premier juin. La souffrance d’Yves St-Laurent est terminée.

On entendra qu’il a donné le pouvoir aux femmes en les habillant en smoking — cette grandiloquence peut être tempérée, si l’on comprend qu’il a toujours nuancé en expliquant vouloir jouer des codes, et oui, les hommes en smoking incarnent un pouvoir, et adapter le code est transférer son sens. The medium is the message, a dit quelqu’un que nous connaissons encore...

J’ai vu l’exposition du MBAM. Le choc, c’est ce sentiment que Yves St-Laurent a tout inventé, que depuis lui, on n’a fait qu’imiter, que décliner, qu’amplifier ou reconstituer.

Ça donne à réfléchir.

Et si en 2002, YSL n’avait plus rien à dire, est-ce que véritablement, il n’y a plus rien à dire?

Je me suis calmée. J’ai pensé à la musique. Après la musique du 19e siècle, on arrête? On n’aurait pas eu la musique du 20e. Si des Bach ont vécu et créé, faut-il tout arrêter après eux, non bien sûr. La créativité peut ne pas être géniale, elle a le droit et le devoir d’exister et de nous amener, si l’on veut, jusqu’aux génies qui inspirent.

Ainsi de Yves St-Laurent, paix à son âme qu’il eut tourmentée.

Une grande sensibilité.

Dans le DVD que l’on vend au Musée, on voit sa carrière, commentée par des collègues-employées-amies, des journalistes. On le voit travailler, et l’on comprend que s’il était le créatif en chef, beaucoup de créativités étaient à son service. On le voit jeune, affirmatif, on le voit vieux, après la drogue, il est ravagé. C’est le jeune Yves dont il faut se souvenir. Les années 60, ses débuts flamboyants — la robe Mondrian est de 65, le smoking, de 66, en même temps que l’invention du prêt-à-porter par l’ouverture d’une boutique St-Laurent Rive-Gauche. Ça, c’était la révolution.

Il a donc été d’une créativité généreuse, foisonnante et exubérante, il a donné le ton à la Haute Couture, et il a été un précurseur social. Les analystes disent : Chanel a libéré la femme, St-laurent a libéré la mode. Là encore, on remonte la décennie 60. La mode, la Haute Couture était assez rigide, assez convenue, avec ses codes, ses normes. Yves St-Laurent est arrivé en faisant des pieds de nez aux normes : il faisait ses devoirs, puis il arrivait avec un vêtement incongru, une combinaison de mécano Haute Couture, par exemple. Il a remis des blouses de travail à la mode, on parle souvent de la Saharienne, il avait ce côté subversif de celui qui croit en lui, qui ose, alors ne le réduisons pas à sa timidité, je vous prie.

L’énergie créatrice touche les âmes. Si l’on aime le beau, la beauté, l’esthétisme, on ne peut pas ne pas être émus devant ses vêtements. Le nœud dans le dos, les Écossais, les mélanges des couleurs (le choc du Maroc), le raffinement dans la couture, la ligne, la si jolie ligne dans le noir.

Alors qu’il nous avait quittés en 2002, on sait aujourd’hui qu’il ne reviendra plus.

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