400 ANS, en beauté
J’en reviens et je n’en reviens pas. J’aime bien Québec, mais cette fois, j’ai été séduite. Je suis admirative.
Après le spectacle des silos, le spectacle où j’allais entendre la musique de René Lussier sur les images de Ex-Machina, les gens marchaient doucement dans les rues. La nuit tranquille voyait défiler des masses de gens qui parlaient calmement, une procession quasi silencieuse dans le soir... Impressionnant.
Le spectacle? Trois heures d’attente sur des bancs en bois ont eu raison d’une partie de ma concentration, au milieu de la représentation. Nous voulions une bonne place, droit devant l’écran de projection principal. Le prix était de manger une salade, assis sur les marches de bois devant les silos. On était content de trouver une bonne salade, fraîche, tomates et fromage bocconcini, la vinaigrette était à côté donc on n’a pas noyé la salade. Je le souligne parce qu’on s’attendait à mal manger. Je m’attendais aussi à une foule un peu poussive, un peu agressive : pas du tout. Une seule emmerdeuse qui a commenté tout du long, vous me direz que ça n’en prend qu’une, et c’est vrai, mais tout le monde a été tolérant, les enfants sages, les ados aussi, faut le faire!
Quelle belle idée, que de projeter sur les silos du port des images en mouvement. Quelle idée bête, d’avoir permis à la SAQ d’ériger une grande tente cachant la vue! On a conçu un mobilier urbain de marches en bois, les gens s’y sont installés, directement face à la façade qui sert de toile de projection. Mais on ne peut pas y suivre le mouvement des images, la tente de la SAQ bloquant la vue. Il faut aller se mettre à côté du Marché du Port, et voir tout en enfilade, donc ne pas voir directement ce qui est l’essence de la projection : les personnages, les événements projetés sur la façade. Sur les silos sont le mouvement, la baleine qui nage, les incendies, mais l’action part du centre. Mon grand regard sera la grande toile de Jean Paul Lemieux, les oies blanches, que j’aurais aimé voir tout du long. J’aurais pu aller tout en haut sur les remparts, la vue est superbe... mais on perd la musique, car — autre étonnement — elle n’est pas tonitruante. Présente, enveloppante, sans nous casser les oreilles. On peut écouter les nuances. Comme j’y allais pour la musique aussi bien que pour les images....
J’allais entendre la musique de René Lussier, j’ai été enchantée par sa créativité, son audace. Il a créé les bruits et la musique, et le paysage musical est varié, de tous genres avec une instrumentation variée — même une boîte à musique! — et cela participe aux impressions, colore nos perceptions.
Vous pouvez voir les images à http://lacaserne.net/index2.php/other_projects/the_image_mill/
mais la musique associée aux images n’est que bruitiste et ne tient pas compte de l’espace. C’est vaste, le port de Québec, il y a des haut parleurs un peu partout, il faut parler d’environnement sonore. Et tout ça est si intelligent pour un spectacle grand public, qu’on se réjouit que la qualité puisse exister, le raffinement peut être acceptable quand on s’adresse à une masse dispersée sur une grande distance. On peut aussi aller voir des images sur YouTube. Partez à : http://www.youtube.com/watch?v=9KY5H6-lP5o&feature=related puis vous choisirez les autres extraits. La musique est plus représentative, mais les images sont moins bonnes que sur le site de La Caserne.
L’autre extrait du site web de Robert Lepage est en anglais, si ça ne vous dérange pas, il est essentiellement un recueil d’interviews. Les crédits du Moulin à Images sont sur ce site web, mais on ne les a pas vus défiler sur l’écran après le spectacle, et je l’ai regretté. Tous les artisans qui ont collaboré auraient mérité une mention. On a une idée du travail quand on fait défiler les crédits, mais je dirais que le musicien, comme d’habitude, est le grand oublié. Les musiciens sont les négligés des succès visuels, à moins d’être une vedette et à ce moment, c’est d’abord du statut de vedette dont on parle. Si ce sont des compositeurs pour le cinéma, ils tombent entre les cracs des critiques. Les critiques de cinéma parlent un peu des images, et la plupart du temps nous racontent l’histoire (ce qui est vraiment, vraiment idiot) et les critiques de musique parlent des disques et des spectacles, ils n’iraient pas s’immiscer sur la plate-bande de leur collègue de cinéma.
Pensez à «Ce qu’il faut pour vivre » qui vient de gagner le prix du public. Qui sait que la musique est composée et dirigée par l’autre Robert Lepage — Robert Marcel Lepage ? Qui en parle? Imaginez le film sans la musique, juste pour ... voir...
René Lussier est donc le grand oublié du Moulin à Images, car la musique est la compagne des images, la douce moitié de la trame visuelle. Sachant, bien entendu, que les douces moitiés ne sont pas souvent douces! Si vous allez à Québec prochainement, prenez un moment pour aller voir qui il est à : http://www.renelussier.com/.
S’il fait soleil sur Québec quand vous irez, vous pourrez arpentez les petites rues qui ont une saveur européenne sans l’être, marcher sur la terrasse Dufferin devant le Château Frontenac, vous rappeler que l’endroit porte le nom de Cap Diamant pour une excellente raison que vous ressentirez. Si vos jambes vous le permettent, vous monterez toutes les marches, au bout de la promenade des Gouverneurs, et vous serez sur les plaines, alors que Québec change de visage. Il est d’abord le Grand Parc du Champ de bataille, la Citadelle, et puis vous contournerez le Musée de Québec qui présente des collections du Louvre, et sur le boulevard René Lévesque, vous irez reposer vos pieds usés sur une terrasse. Il ne reste qu’à vous souhaiter du beau temps...

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