jeudi 13 novembre 2008

un décapant intellectuel à lire

Les gens qui s'intéressent à la santé trouveraient dans le numéro spécial de Courrier International une lecture divertissante, et nourrissante. Intitulé: À votre santé, merveilles et dérives de la médecins du XX1 e siècele, les 12 dollars que nous coûtent le magazine relié est un investissement tonique.

On y écrit que tout comme la mode, marquée par les changements de style réguliers, l'industrie pharmaceutique tire ses bénéfices des deniers nés de ses médicaments. Ça me plaît d'emblée!
Une poignée de médicaments ont vécu plus de 30 ans, dit-on, et les labos sont pratiquement tous dirigés par des gens d'affaires, et non par des chercheurs ou des médecins.

Pour ma part, je ris (jaune) chaque fois que j"entends quelqu'un me dire qu'Il ne mange plus de pamplemousse, ou d'oranges, parce que c'est mauvais pour ses médicaments. L'absurdité de ce raisonnement ne les effleure même pas. Ce ne sont pas les médicaments qui sont mauvais, c'est le fruit. Et vogue les profits...

Ce recueil de textes que nous trouvons dans le Courrier International Hors Série viennent de journalistes anglais ou espagnols. Pas étonnant : ici, on ne veut pas de journalistes qui remettent en question la pratique de la médecine, le paradigme médical, les industries pharmaceutiques. Obsédés que nous sommes par le système de santé, c'est-à-dire la politique partisane et le fonctionnement du système, on ne regarde ni le fond du problème ( on ne voit que la surface quand on parle du fond) ni les enjeux de société. On ne veut pas entendre parler de médecines alternatives, ignorant ainsi une partie de la population qui n'est plus marginale mais qui n'a pas de pouvoir de lobby — ce qui est un impératif pour être pris en considération par les médias.

C'est vrai que la contestation du monde médical, de sa manière de fonctionner et de sa qualité «scientifique» vient des américains et des anglais. Ici, je n'ai pratiquement que des livres en anglais, jamais traduit: Food politics, Fat politics, The betrayal of trust (santé publique) The problem of Health Technology (par une québécoise francophone!) , The truth about drug compagnies, de l'ex red chef du New England Journal of medicine , qui n'a rien fait quand elle était red chef mais qui s'est empressé de tout dénoncer quand elle a quitté sa job. On fait ce qu'on peut... Bref vous voyez, d'un regard sur ma tablette de bibliothèque, que pour un «Santé publique, santé en danger» du français J-L Migué, qui n'a pas fait de vague tellement on fait la sourde oreille, pour un Patenaude: La santé ce mal nécessaire - qui est un témoignage de médecin qui laisse voir le jupon paternaliste de la médecine en toute ... innocence? arrogance? ou un Fortin-Beaulin qui dénoncent le Vioxx (facile, même si c'est laborieux) , nous faisons face à un manque sérieux, une absence de regard critique sur la pratique médicale.

Il faut un équilibre, bien entendu. On ne peut pas dénoncer sans arrêt. Je viens de travailler sur un dossier pour le magazine Coup de Pouce ( à paraître en avril prochain) qui m'a donné le sentiment qu'il y a une réelle volonté pour améliorer l'accès au système de santé, qu'on travaille présentement à faire bouger cette énorme machine, dont vous et mois sommes un rouage: nos habitudes font partie du problème global. SI seulement nous consentions à en prendre conscience. Cela dit, on peut bien applaudir aux tournants qui vont dans le bon sens, on n'a pas à se voiler le regard sur tout le reste, en prenant la médecine pour de la science et la science pour de la religion, en voyant la science là où elle n'est pas.

Quand je vois tous ces journalistes se faire les haut-parleur des fonctionnaires, des médecins, des institutions sans le moindre regard critique, par ignorance et par conformisme... les bras me tombent. Sur le vaccin anti-grippal, par exemple. Répéter comme une tarte ce que dit la santé publique, sans chercher plus loin. Quand on parle des plans d'urgence en annonçant la pandémie d'influenza.... Quand les journalistes, en un mot, se font le relais du pouvoir médical. En étant content d'eux! Les rapporteurs infatués.

Je suis un peu injuste, mais à peine. Je me console en lisant le Courrier International . Ailleurs, dans d'autres journaux, on remet en question les abus de l'Imagerie médicale, on parle de bio-piraterie: vous savez que les géants de la pharmacie sont entrain de breveter les plantes, c'est catastrophique de les laisser faire. Et, c'est la caratéristique d,un magzine et c'est pour ça que je les aime tant, on croit aussi, dans ce Courrier International , aux promesses de la médecine. Pourquoi pas.

Il ne s'agit pas de jeter le bébé avec l'eau du bain.

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