jeudi 27 mars 2008

L'univers de la Mode à Montréal

Semaine de la Mode, version nuancée :

Ah, la beauté de la Mode. La diversité des propositions, le talent de mettre ensemble tant de différences. Cette présentation des collections automne-hiver 2008-2209 nous donne, presque, envie de l'hiver, cet hiver qui ne se décide pas à nous quitter et que l'on pourra habiller élégamment...
En portant d'abord, si on suit les propositions présentées en cette deuxième journée de défilés, beaucoup de mélanges de tissus sur un même vêtement, parfois en patchwork, souvent en ton sur ton dans des tissus différents. Des lignes cassées, souvent plus courtes à l'avant et plus longues derrière, même pour les manteaux. Des manteaux qui ressemblent à des robes, tellement l'effort de Couture est présent. Ça, ça pourrait faire une différence : il y de la place pour de nouvelles coupes dans les manteaux au Québec, à condition que les Couturiers n'oublient pas qu'il fait moins vingt plusieurs jours par année.
L'imagination de ces Couturiers, l'inventivité... et je ne suis pas la seule à regarder tout cela avec des yeux ronds! Quand on a vu la qualité de la présentation de Helmer , on était soufflés, tous. Sa fantaisie, le soin des détails : une proposition forte. Une identité derrière le vêtement.
La première soirée des Défilés nous amenait ailleurs. Les Marie-Antoinette de Envers richement vêtues, l'extravagance folle des robes, les manteaux d'homme évoquant un Napoléon moderne... Muse qui nous a amenés dans son univers de bourgognes, noir, gris, avec des collants lustrés sous les jupes qui amènent les ensembles jupe-veste ailleurs que dans le tailleur! Et Marie St-Pierre, ses boucles, ses noeuds, ses frissons de matière évanescente. La maîtrise technique à l'oeuvre dans le beau, en rouge, noir et blanc. Pour qu'une robe blanche soit belle, et qu'on ne fasse pas mariée pressée, il faut une coupe et une idée, pensez-y!

Nous avons donc une Semaine de la Mode qui raconte ce que nous sommes: parfois de la Couture voisine de la Haute Couture, parfois du prêt-à-porter honnête, parfois du prêt-à-porter cousine de la Couture, et aussi du prêt-à-porter chinois, du travail — bien fait peut-être, mais qui ressemble à ce qui est beau ailleurs. C'est tout ça, la mode à Montréal, et c'est ce que la Semaine de Mode de Montréal reflète.

On ne peut donc pas parler de manque d'unité ou d'identité de la Semaine. Unité de trois ou quatre, ça ne fait pas une Semaine de Mode. Nous n'avons pas la masse de Couturiers arrivés à maturité qui peuvent présenter deux collections par année, mais nous avons la chance de voir un bon éventail de l'offre, un dynamisme et une volonté de création que l'on encourage. Cela demande de notre part de la tolérance. Comme on n'est pas connaissant comme Ti-Jo, et qu'on a les yeux tournés vers l'Europe qui devient un baromètre tordu car pré-emballé, mystifié par les magazines, on se doit de garder un esprit ouvert, et d'apprendre à élaborer un jugement, très doucement. J'ai eu la chance de regarder quelques défilés avec Jean-Claude Poitras, dont la gentillesse m'a fait comprendre à travers ses commentaires que si j'ai des goûts, j'ai somme toute peu de cadre d'analyse.

On comprend ce que l'on doit au couple Durivage-Daviau quand on saisit l'ampleur des événements qui se déroulent en même temps, les défilés discrets dans des pièces, la Passerelle, le showroom, les conférences... Chapeau. La Semaine de mode de Montréal a pris un élan cette année qui augure d'une réussite à long terme, et je ne peux m'empêcher de penser aux débuts du Festival de Jazz, que j'ai vécus de l'intérieur alors que l'organisation avait un petit bureau saisonnier dans un demi sous-sol de la rue Ontario. Je me prends à espérer que Sensation Mode mène sa barque avec une stratégie rassembleuse, d'où le public n'est pas absent, qui se gagne les médias un peu plus chaque année. Je ne rêve pas: j'ai confiance.


La Semaine de la Mode, version sévère :

Quand on a vu un gars défiler en t-shirt et jeans, on a été plusieurs à éclater de rire. A-t-il oublié de se déguiser en modèle? On peut bien être pour l'écolo dans le vêtement, on aime bien que ça intègre la création...
Les défilés se suivent et ne se ressemblent pas, ou se ressemblent en tant que défilés? Ils donnent l'impression d'être conçus en fonction des photographes au bout de la passerelle : le public n'a qu'à se dévisser le cou. Le rythme est... souvent vaseux. Des trous dans le défilé des mannequins, puis l'abondance saccadée. La lenteur , ou la précipitation. La musique est.... conventionnelle. Du techno assez ordinaire à plein volume, la re-visitation des années 80 avec «I love rock and roll» ou Abba qui saturent dans les aigus.... L'ingénieur de son doit être à moitié sourd, comme d'habitude. Ma fille de 19 ans et ses amies ont ADORÉ cela. Moi, quand je pense à tous ces groupes d'AUJOURD'HUI, ces groupes À LA MODE qui pourraient être entendus, je trouve paradoxal que pour les yeux on fasse de la mode, et pour les oreilles, pas trop. Helmer nous a passé de la techno de bon goût, c'est vrai. Sinon, pas de couturiers dans l'air du temps... faut le faire! Est-ce que la musique techno est la convention musicale des défilés? Partout dans le Monde?
On m'a dit: il y a de la bonne techno, il ne faut pas tout mettre dans le même panier. Entre ce qui se fait à Londres et à Moncton, un monde. Je veux bien. Je ne tiens pas à aimer la musique, mais je voudrais qu'elle soit aussi bonne que... dans les raves, mettons.
Les mannequins ont la mine boudeuse : ça oui, c'est une convention internationale. Le sens du jeu? La fantaisie? On attendra encore un peu. Les créateurs ont pensé aux cheveux, avec des coiffures extravagantes ou des coiffes complétant le costume, et c'est visuellement fort. Mais quand on voit à la télé des images de Défilés d'ailleurs où les mannequins sautent, jouent, séduisent.... on aurait envie qu'un brin de fantaisie visite la Passerelle de Montréal.
Voilà, ma sévérité s'arrête là, car je suis surtout habitée par la gentillesse et la disponibilité du personnel d'accueil, des attachées de presse — n'oubliez pas que la Semaine de la Mode, comme partout, est pensée d'abord en fonction des médias et des acheteurs. L'organisation de la Semaine de la mode connaît des ratés, comme tous les événements du genre. On peut toujours peaufiner le service, mais il y a tant d'imprévus, et à mesure que la Semaine prend du galon, il y en aura de plus en plus. Gérer les relations de presse lors d'événements d'envergure est un casse-tête qui demande de la diplomatie, de la patience, un sens incroyable de la débrouillardise et des solutions miracles qui, on ne sait pas comment, finissent presque toujours par arriver.

Je vous laisse sur ces réflexions, j'y retourne....

mardi 25 mars 2008

La Semaine de la Mode mars 2008

La Semaine de la Mode — trois jours consécutifs, en réalité — est lancée.

Quand je suis arrivée au Marché Bonsecours ce matin, j'ai eu un choc: l'organisation se perfectionne à chaque édition, on a maintenant le sentiment d'accéder à un événement professionnel d'envergure. Il y a peut-être beaucoup de jeunes femmes qui n'ont pas l'air très occupées. De toutes jeunes femmes, habillées d'un chemisier corail par Le Château, une entreprise montréalaise, qui vous accueillent en vous présentant le programme grand format de la semaine. C'est qu'il y aura de l'activité!

Pour la première fois, un showroom: les gens qui sont déjà allés à la grande Braderie que font les Couturiers chaque année imagineront tout de suite le showroom: des marques installées avec leurs vêtements, pas de décorum, juste un morceau de carton pour les identifier. L'endroit est vaste, mal éclairée, mais l'athmosphère fera son oeuvre au fil des prochains jours. Pour l'heure, tout le monde est assis dans son coin et se sent un peu seul. J'ai discuté avec une Péruvienne née à Montréal qui vient montrer ses manteaux d'Alpaga, et cette Itala Testino, fort sympathiquement, m'expliquait qu'il y a deux races d'alpagas, les poils longs que l'on sait, et l'autre alpaga, qui a l'air d'un nounours. Elle fait donc deux textures de manteaux. Des manteaux trapèzes, de jolies couleurs, des manteaux manches trois-quart ( étonnants!) des manches longues blanches... Voilà ce sera ça le Showroom, des gens venus convaincre des acheteurs qu'on peut les aimer.

L'autre nouveauté de la Semaine, c'est l'argent. Le ministre Bachand qui vient dire qu'il a compris que la Mode est importante, et qui donne en conséquence 170,000$ à Sensation Mode qui organise la Semaine. Dans dix ans, vingt ans, trente ans, Chantal Durivage et Jean-François Daviau peuvent espérer un million, une Maison de la Mode, et tout ce que le Festival de Jazz vient de se voir accorder cette année! Ce sera à ce moment, peut-être que Pierre Bélanger verra son Musée du Costume d'épanouir. Ce matin il a demandé qu'on l'appuie, mais son rêve de vitrine permanente est pour l'instant ... transparent.

La Mode peut donner une identité à la ville, cela peut faire partie du «branding» d'une ville. Comme le jazz! A condition que l'on se rassemble autour de cette idée et qu'on la fasse vivre. Ça prend des médias, des portes-paroles, de l'argent, du public. Et c'est sans doute en pensant à cela que Sensation Mode offre pour la première fois un défilé pour le public cette année.
Défilé ARMURE URBAINE , 30$, profits versés au YWCA pour les femmes en difficulté
jeudi le 27 mars 2008 à 21h30 au Marché Bonsecours

Faut-il, enfin, parler de Who's Next, ce truc Français ? Il me tuent les Français, à vouloir plaire aux américains à ce point. Pour parler des créateurs émergents, on va faire un Salon, on va l'appeler... heu... who's next, right? Et pour atteindre les amerloques, on passe par les cousins. Ben les cousins y trouvent leur compte, bien entendu. C'est ainsi que cette année, cette quatorzième Semaine de la Mode verra les vêtements de 12 Couturiers français qui «émergent» économiquement parlant. Émergent ne veut pas dire débutant, m'a expliqué la co-présidente de Sensation Mode Chantal Durivage, émergent doit être compris en termes de marché. À l'automne, autant de Couturiers québécois traverseront vers la Porte de Versailles, ou se tient cet événement Au Suivant.
Il me reste à vous souhaiter que vous portiez une nouvelle attention à nos Couturiers, vous pouvez encore lire les interviews que je publie dans le Devoir chaque samedi jusqu'au 5 avril.
Je vous reparlerai des défilés, promis

lundi 17 mars 2008

Jeans Yoga

Vous avez lu cette interview avec le pdg de Second dans le Devoir de samedi (15 mars 2008) et vous vous êtes dit: des jeans qui amincissent et font des belles fesses? wow. mais où les trouver?
voici ce que je n'ai pas écrit dans le journal
parce que, tout de même, je n'y faisais pas de l'annonce.
mais pour rendre service, je vous relaie l'information
Simple: La Baie. Centre Fairview, Centre Rockland, Centre-ville.
Montréal: le choix le plus vaste se trouve chez Rocco, 4321 St-Denis
vous trouverez les jeans Second chez Homogène 1486 Ste-Cath Ouest,
Cassis, à la Place Ville-Marie, à la Place Rosemère et à la Place Laurier ainsi qu'au Centre d'achat
Rockland
et si vous êtes désespérées parce qu'aucun de ces endroits n'est disponible
allez voir sur le site de www.secondclothing.com à condition que vous ayez
autre chose qu'un Mac, le site n'est pas Mac friendly.
il y a des ces bêtises, dans la vie.
si vous êtes en Mac, plaignez-vous en postant une carte à Second,CARREFOUR DE LA MODE
1625 RUE CHABANEL O, suite 115, MONTRÉAL QC H4N 2S7
si vous avez d'autres questions....
et si vous avez une petite gêne de laisser votre commentaire ici ( on m'a dit!)
vallieca@hotmail.com

vendredi 14 mars 2008

la mode pour tout le monde?

La mode est-elle pour tout le monde?

Certains Couturiers disent que pour porter leur vêtement, on doit vouloir se démarquer. Ne pas avoir peur d’attirer l’attention.
Toutes les circonstances ne requièrent pas d’attirer vers soi l’attention, pourtant. Vous devez avoir une personnalité forte pour porter Untel? Ce Couturier limite donc ainsi son rayonnement, se réservant pour les quelques heureuses à la vie peu banale, faisant envie... C’est l’apanage de l’industrie du luxe. La rareté, le désir, font partis de la mise en marché du luxe, et la Couture est dans le lot; les sacs à 600 $ produits pour 30 $, par exemple, comme on l’a appris récemment et qui a causé tout un émoi dans les cercles conscients de la valeur du Made in Italy . Si les riches veulent être les dindons de la farce, est-ce que ça nous regarde?

Et pourtant.... cette réaction de Couturier prônant la différence ne vient-elle pas en réponse à l’espèce de neutralité ambiante? Ne sommes-nous pas devenues paresseuses, portant à peu près toujours la même chose, ne prenant pas le temps, ne faisant pas l’effort du détail qui nous personnalisera? Le vêtement est une expression de soi, qu’on le choisisse ou pas, et la peur de la faute de goût n’est pas une raison suffisante pour la banalité de notre «look ». Quand on sait qu’on peut devenir vraiment personnelle par notre façon de porter un foulard, une ceinture, et qu’on exprime son goût de cette manière... pourquoi se priver? Ça ne prend pas une fortune, ça prend une attention à l’image de soi que l’on projette. Et l’on projette une image de soi-même sans attention!

Bien entendu, on n’a pas toujours l’énergie de se soucier de son apparence, parfois nous sommes entièrement prises par notre vie, d’où l’importance d’avoir des kits, d’y penser ponctuellement pour choisir, au lieu de se conformer dans le plus parfait mauvais goût ambiant. Se rappeler qu’on a un corps; en prendre soin, garder un certain équilibre, le plus souvent possible.

Les Couturiers nous proposent des CHOIX. Tout ne nous convient pas — même pour habiller leurs modèles, ils font des choix! Il faut par conséquent s’informer un peu, ouvrir les yeux. Il est préférable de se connaître, de connaître les éléments de son corps à mettre en valeur. Les rondes, par exemple, n’ont pas de salières, et par conséquent peuvent porter de très beaux décolletés. N’allez pas attirer l’attention sur vos hanches, mettez votre gorge en valeur!

Les très minces ne peuvent pas tout porter, contrairement à ce que l’on croit généralement. Si elles n’ont pas de poitrine, elles doivent diriger les regards plus bas! Elles peuvent porter des bottes rouges, des foulards qui habillent! Celles qui ont la poitrine généreuse ne flattent pas leur silhouette avec une robe taille haute! Ça tombe sous le sens, alors pourquoi voit-on des victimes de la mode qui s’enlaidissent?

On peut toujours regarder vers le passé pour être originale : c’est ce que tous les Couturiers font. Bien entendu, les défilés où sont présentés ces vêtements sont un théâtre, et les vêtements sont portés par des femmes juchées sur des plateformes si hautes qu’on parlerait d’échasses plutôt que de chaussures. Elles marchent mal - et elles tombent, eh oui, bien plus souvent qu’on le voit ou l’imagine. Elles ont souvent les pieds par en dedans, leur posture les déforme, et pour justifier ces abominations, elles se déséquilibrent à chaque pas en montant haut le genou avant de poser le pied. C’est leur modus vivendi. L’époque. La scoliose exagérée met-elle en valeur le vêtement? Doit-on se déformer pour porter les Couturiers? Je voudrais bien un jour voir un mannequin au corps sain défiler dans de beaux vêtements, des vêtements extravagants et théâtraux. Je voudrais bien un jour voir des femmes qui ont des hanches, porter devant tout le monde une robe affriolante. Sans que l’on tombe dans les Big Girl, une femme qui aurait un corps de femme, sein-taille-hanche, elle serait mince, mais pas un «boy with tits» comme disait Tom Wolfe. Ou mieux encore : un défilé où on aurait des corps de femmes différents; ça existe des vrais maigres, pensez à Calista Flockhart. À côté d’elle, on peut mettre une Drew Barrymore, vous voyez ce que je veux dire? Un défilé avec des modèles, mais pas le même modèle décliné sur tous les corps...
Je rêve. Il n’y a pas beaucoup d’innovateurs dans ce milieu, le conservatisme ambiant règne en maître et roi, déguisé derrière la folie de la création... Il ne faut pas mélanger les pinceaux. Ce n’est pas parce qu’on a des audaces (toutes dans la même direction) qu’on est socialement avant-gardiste.

Pour nous, ce n’est pas une excuse pour détourner le regard. Nous avons, ici, d’excellents Couturiers, des artisans qui ont du talent, parfois pignon sur rue. Ils manquent cruellement du soutien des communautés qui pourraient — et devraient — porter fièrement la Couture Québécoise. Les gens d’affaires, les milieux de la culture, les gens qui nous représentent à l’étranger, les milieux politiques. Pourquoi, quand une occasion se prépare, ces femmes se vantent-elles de porter Untel d’Europe? Pourquoi ne pas valoriser nos Couturiers, nos Marie St-Pierre, Philippe Dubuc, Yves-Jean Lacasse et autres Andy The An?

Le milieu de la mode a du pain sur la planche, et peut - être que les médias se réveilleront et parleront d’eux plus souvent.
Je le fais quant à moi de temps en temps, et les quatre prochains samedis, dans le quotidien Le Devoir, vous pourrez lire des interviews que j’ai fait avec des Couturiers. C’est la troisième série que je fais, toujours dans le cadre de la Semaine de la Mode.

Vous m’en donnerez de nouvelles.

jeudi 6 mars 2008

L'égalité

L’égalité, une fois par année.

Les gens qui me connaissent depuis longtemps savent qu’à 20 ans, j’ai été une féministe militante. À 18 ans, j’ai écumé les tavernes de la rue Ontario, avec des copines du «Comité Femmes» de mon Cegep, un soir où il y eut un meurtre juste après notre passage. J’ai co-crée un petit journal féministe, manifesté dans les rues...

J’ai quitté le féminisme, car je me sentais mal à l’aise sur les questions de vie privée. L’écart entre les principes et la complexe réalité des émotions m’indisposaient : j’ai pratiqué la psychothérapie pendant deux ou trois ans pour me comprendre. Je me suis éloignée de la rigidité des principes, je ne peux donc plus être militante. J’essaie de rester honnête, c’est le plus loin que je peux me rendre. Une route difficile, aux nombreuses fourches, pleines de roches, de ruisseaux, de boue, parfois un long bout plat ensoleillé. J’ai adopté la complexité, en somme.

Ceci n’empêchant pas cela, je suis toujours intéressée par les questions de sexisme, d’égalité, et ces temps-ci, on peut m’entendre dire que je comprends bien que Barak Obama ait le vent dans les voiles pendant que Hilary Clinton rame : on déteste moins la peau foncée (quel euphémisme!) que les femmes, collectivement. Et attention : je le pense — ce qui montre qu’on peut adopter la complexité et rester simpliste de tout cœur, avec toute notre conviction. (Penser qu’il y a toujours quelque chose de vrai dans les clichés.)

J’entendais hier ( 5 mars) une féministe canadienne dire à la télé (Une heure sur terre) qu’on ne peut pas imposer un changement par la tête, ça prend un mouvement social large, une vague de fond. Clinton n’est pas une imposition par la tête, ça fait trente ans que des femmes gravissent les échelons.

Cependant qu’on en soit encore, en 2008, à parler d’égalité ne doit pas nous étonner. L’humanité n’évolue pas au même rythme, même à l’intérieur d’une famille, alors une société, un continent, une planète! Avance, recule, fait un bond en avant. Tous les scénarios coexistent. Et puis l’égalité, c’est pas noir et blanc tout le temps. Souvent, mais pas tout le temps!

Parlons donc d’égalité. Ce 8 mars 2008 voit la première édition du Prix Égalité du gouvernement québécois. 18 projets ont été retenus parmi 65 candidatures — on a fait 6 catégories. Le Magazine Authentik écrit par des jeunes filles, a gagné dans sa catégorie. Avec un tirage de 10 000 exemplaires et une distribution surtout au travers des Maisons de Jeunes, le magazine affirme rejoindre 30,000 adolescentes. Allez voir à : http://www.scf.gouv.qc.ca/politique/prix-egalite-laureats.asp

Si vous êtes amateur de magazines, vous connaissez tous les Filles d’aujourd’hui, Adorable et autres Cool : du potinage, du shopping, de la mode, des conseils de vie adaptés à l’adolescence et presque toujours orientés vers la consommation (très peu d’information). Ma fille a toujours détesté cela. Pas de tête, juste de la superficialité. Je lui ai toujours répondu : mais qui n’a pas besoin de superficialité de temps en temps? Je me répondais toute seule : mais pourquoi ces magazines n’ont-ils pas besoin de contenu de temps en temps?

Alors, rabattons-nous sur Authentik, à qui je souhaite une distribution en kiosque —un deuxième numéro est attendu pour ce printemps.

Progressons vers la question de fond : peut-on aimer la mode, lire les magazines de mode, et continuer de croire qu’il faut dénoncer la discrimination, le sexisme, et les autres carcans dans lesquels nous vivons?

Non, la vraie question est : comment. Comment aimer la mode, la beauté du dessin de couture, la Couture, les défilés qui sont des théâtralités, comment acheter ces crèmes de beauté, comme jouer la séduction, la féminité.... et revendiquer la santé, l’intelligence, le respect de soi, l’égalité sociale. Comment jouer avec les normes pour contester la discrimination, sans imiter un homme, en restant une femme, en restant féminine alors que les frontières de cette notion sont floues et remplies de débris d’Histoire et de clichés...

Dans un épisode de CSI Miami, la blonde sexy répond à un macho : I type almost as fast as I shoot.

Cultivons l’humour.

Cultivons l’intelligence.

Et peut-être que la bêtise n’aura plus le haut du pavé . Le macho est souvent un épais — mais gardons-nous de généraliser. Il y a des machos subtils, rusés, brillants. La peur/haine des femmes est un tabou, on ne peut pas voir toutes ses ramifications profondes.

Peut-être aussi que les journalistes pourront évoluer. Car on parle du rôle des médias, depuis que le sexisme entourant la campagne de Clinton est devenu une notion publique. Mais c’est qui les médias ? Ce sont des gens qui parlent, qui écrivent. C’est en plus une mentalité de groupe. Dire : les médias sont machos, c’est facile et ça recouvre le tout. Qui sont ces hommes — et certainement ces femmes qui ont adopté les valeurs des hommes —qui sont ces personnes, acceptent-elles de se remettre en question ? Les mea culpa font de bonnes histoires, mais si on est le héro de sa propre histoire?

Cela dit sans intention de chasse aux sorcières. On peut se remettre en question sans haine. Il y a des alternatives au machisme. Déverouiller le cerveau, jeter les préjugés aux poubelles, faire un effort, quoi.

Je nous souhaite de trouver des formes variées d’alternatives au sexisme pour que nos différences ne soient pas sources d’inégalité, mais que nous puissions nous respecter et nous valoriser à travers elles.

Amen.