Bonne Année les nouvelles mamans
On fait tout un plat du premier bébé de l'année: c'est un garçon cette fois, ici au Québec. Il sera allaité, peut-être. Je lui souhaite, si je suis une fée (!) qui peut souffler une qualité jusqu'à sa bassine d'hôpital, je lui chuchote à l'oreille la qualité de la compassion.
Cela fait de nous de meilleurs humains.
Sa maman sera encouragée à allaiter, donc. Allaiter est l'affaire des mamans et de leur nouveau bébé, mais c'est aussi l'affaire des papas et des autres enfants. Ce qui concerne les mamans nous concerne tous.
On donne un repas en cadeau, par exemple.
L'allaitement, quand je suis née, était passé de mode. La «science» et la médecine affirmait haut et fort que les préparations de lait artificiel étaient meilleures. Une femme, une américaine, a décidé que ça n'avait pas de sens. Était-elle traditionaliste, était-elle révolutionnaire? Croyait-elle qu'autrefois c'était bien mieux? On a compris, ces dernières années, qu'être avant-gardiste est quelquefois retourner voir les pratiques d'avant la révolution industrielle. Cette femme, Edwina Froehlich, avait 36 ans. On s'en laisse moins imposer. Elle est morte en 2008, et le New-York Times Magazine, qui consacre son numéro du 28 décembre à souligner la contribution de gens décédés dans l'année, lui a réservé deux pages pour nous raconter son histoire. Le lien est long, mais si vous voulez lire la papier, allez à: http://www.nytimes.com/2008/12/28/magazine/28froelich-t.html?_r=1&scp=1&sq=Edwina&st=cse
Edwina, nous saluons ta mémoire.
La ligue La leche, que tu as fondée avec tes voisines et tes amies, aide encore beaucoup de femmes — car si allaiter est naturel, il y a un tas de trucs qui aident le geste, et quand les mamelons craquent, il y a aussi des choses simples à faire (www.allaitement.ca).
Ça a mis deux ans, seulement, pour que les six amies d'Edwina, toutes fondatrices de La Leche, soient débordées d'appels à l'aide. Elle ont décidé de publier une petite lettre à toutes, et quand cinq ans plus tard, elles ont réussi à en faire une petit livre, elles en ont vendu plus d'un million.
Tout ça dans le dos des médecins, n'oublions pas.
Peu à peu, des chercheurs se sont intéressés à l'allaitement, et ont «découvert» les bienfaits et les mérites de l'allaitement, tant au niveau psychologique que physiologique, tant pour la mère que pour l'enfant — surtout pour le bébé, on le comprend bien. Pouvez-vous croire que les pédiatres américains recommandent maintenant d'allaiter un an, au minimum??
Cinquante ans plus tard, La Leche est maintenant dans 68 pays, c'est quand même incroyable. De révolutionnaires, elles sont passées à rétrograde, et bientôt, elles redeviendront subversives. Les Dr Chicoine de ce monde se chargeront de brasser la cage des bien-pensantes, des institutions encadrant la maternité (incluant les garderies) et c'est en choquant l'opinion publique et la norme consensuelle qu'on mettra l'accent sur le bien-être des femmes et de leur bébé.
Allaiter est prendre le temps. Allaiter est vivre notre animalité. Allaiter est, pendant les premiers mois, vivre dans une bulle. Si je crois que c'est l'affaire de tous, c'est que c'est politique, en plus d'être économique et... humain.
Connaissez-vous de jeunes mamans? Qui, cet hiver, attrapent un rhume après l'autre, une gastro ici, une otite là, et par hasard, peut-être, une pneumonie? Elles sont épuisées, leur travail les stress, leur maternité les stress, leur couple les stress, elles voudraient hurler pour que tout arrête?
Dites-vous: on est passées par là, ressaisis-toi? Tu finiras par prendre le dessus, tu trouveras ton rythme, et puis ton bébé aura deux ans, trois ans, ça ira mieux ?
C'est ainsi que l'on a toujours perpétué l'oppression sociologique, pour toutes sortes de situations souffrantes. Et c'est vrai, on finit par se «ressaisir», on «prend le dessus».
Au prix d'un durcissement; on se détache, on refoule et on relève la tête. Mais si quelqu'un d'aventure nous rappelle cette souffrance, on tape dessus. C'est un processus psychologique documenté, et c'est éternel aussi longtemps qu'on refuse d'en être conscients. Les gens qui ont des principes rigides — ils se réfugient souvent en religion ou en politique (radicale ou la droite) — sont des inconscients qui serrent les dents.
Mais je m'égare... Pour un meilleur avenir, il faut beaucoup de compassion: d'abord pour soi,
Puis de la compassion pour les autres.
C'est ce que je nous souhaite, pour l'an tout neuf.

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