Je rêve que Michèle est une Michelle
Tout le monde parle de Andy The Anh, qu’elle a porté pendant la campagne électorale. Lors de la prochaine visite de Nicolas Sarcozy, on sait qu’elle a choisi une tenue de Ève Gravel, et la presse s’étonne de son choix. N’aurait-elle pas dû opter pour Yves-Jean Lacasse, dont on connaît le chic et le sens du spectacle?
En tout cas, depuis la robe rose de Helmer, on ne parle plus que des couturiers québécois. Il faut dire que Michèle avait fait sensation, lors de cette levée de fonds pour les enfants malades. Les journaux n’ont parlé que de cela, éclipsant même le discours de son mari, qui a semblé un peu terne en comparaison.
Michèle s’est dit qu’elle profiterait de son rôle de «femme de», pour au moins faire avancer une cause. Si elle ne peut parler, on peut la voir, alors elle allait aider les couturiers québécois. Et ça rapporte : jamais n’a-t-on vu une femme de premier ministre aussi souvent invitée par les émissions du matin à la télé! On vante son style, on admire son audace. En tournée en Chine, elle avait dans ses bagages un ensemble Christian Chenail pour Muse qui lui donnait beaucoup d’allure. Et bien sûr, on sait que Marie St-Pierre a une place à part dans sa garde-robes : au bal du premier ministre, c’est une tenue spécialement conçue pour elle par la grande designer qui a fait tourner les regards, au point où eTalk a demandé à Sophie Grégoire d’en parler lors de sa chronique! Sophie s’est sentie obligée de dire qu’elle-même portait une tenue de Rudsak, qu’en tournage, elle favorisait les manteaux de Soïa & Kyo, et qu’elle aimerait nous montrer son nouveau sac de M0851, qu’elle a tenu devant nos yeux.
Les designers n’ont pas tardé à sentir l’effet Michèle. À sa boutique de la rue Ahmerst, Dinh Bá Nguyen a trouvé une file d’attente en arrivant, au lendemain d’un gala où Michèle portait un de ses ensembles pantalon - il n’en revient toujours pas ! Denis Gagnon, qui n’a plus de boutiques, a un carnet de rendez-vous qui déborde, et Tavan et Mitto, qui ont commencé à vendre chez La Baie, n’ont jamais été autant sollicité!
Les péquistes, les libérales, les femmes d’affaires, toutes celles qui ont de l’influence n’en ont plus que les pour les couturiers québécois. C’est à celle qui parlera de son ami Salvatore Parasuco, cette autre qui fait remarquer que c’est une robe de la prochaine collection de Rush Couture qu’elle porte aujourd’hui, et telle autre qui ne parle de rien aussi longtemps que sa voisine de table, lors d’un déjeuner de la Chambre de Commerce, lui demande si cette élégance qu’elle croit reconnaître est un Dolce-Gabana ? Non, non, c’est Morales, une jeune montréalaise très talentueuse, s’entend-t-elle répondre.
Du coup, le public réalise que nos couturiers sont nombreux, qu'en s'habillant chez eux, on fait une affaire et on est dans le ton! Les couturiers québécois sont à la mode!
La France vient voir, parle de nos jeunes couturiers, du vent nouveau qui souffle sur la mode. Denis Gagnon est invité par la Chambre syndicale de la haute couture pour le défilé automne-hiver 2009-2010. Le ministre Bachand, lui, est invité à dire à TVA, ce qu'il fait pour soutenir et encourager cette industrie émergente si prometteuse. Des missions économiques sont organisées en grande pompe, on ne parle que du Design. Et l'Industrie du textile, qui s'est longtemps appelée l'industrie de la mode, regarde le train passer et se bat la coulpe de ne jamais avoir supporté un designer, de ne pas avoir trouver à faire, d'un Philippe Dubuc, une marque de prestige vendue dans toutes les grandes villes des États-Unis.
Il n'est pas trop tard, dit le ministre Bachand; sautez dans le train en marche, lance-t-il la main tendue.
L'Industrie fera-t-elle encore la sourde oreille?
L'angoisse de la réponse me réveille.
Ce n'était qu'un rêve...

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