lundi 26 janvier 2009

Je rêve que Michèle est une Michelle

Je rêve... Michèle fait jaser parce qu’elle a porté une magnifique robe de Marie St-Pierre lors de la victoire de Jean Charest, à Québec.

Tout le monde parle de Andy The Anh, qu’elle a porté pendant la campagne électorale. Lors de la prochaine visite de Nicolas Sarcozy, on sait qu’elle a choisi une tenue de Ève Gravel, et la presse s’étonne de son choix. N’aurait-elle pas dû opter pour Yves-Jean Lacasse, dont on connaît le chic et le sens du spectacle?

En tout cas, depuis la robe rose de Helmer, on ne parle plus que des couturiers québécois. Il faut dire que Michèle avait fait sensation, lors de cette levée de fonds pour les enfants malades. Les journaux n’ont parlé que de cela, éclipsant même le discours de son mari, qui a semblé un peu terne en comparaison.

Michèle s’est dit qu’elle profiterait de son rôle de «femme de», pour au moins faire avancer une cause. Si elle ne peut parler, on peut la voir, alors elle allait aider les couturiers québécois. Et ça rapporte : jamais n’a-t-on vu une femme de premier ministre aussi souvent invitée par les émissions du matin à la télé! On vante son style, on admire son audace. En tournée en Chine, elle avait dans ses bagages un ensemble Christian Chenail pour Muse qui lui donnait beaucoup d’allure. Et bien sûr, on sait que Marie St-Pierre a une place à part dans sa garde-robes : au bal du premier ministre, c’est une tenue spécialement conçue pour elle par la grande designer qui a fait tourner les regards, au point où eTalk a demandé à Sophie Grégoire d’en parler lors de sa chronique! Sophie s’est sentie obligée de dire qu’elle-même portait une tenue de Rudsak, qu’en tournage, elle favorisait les manteaux de Soïa & Kyo, et qu’elle aimerait nous montrer son nouveau sac de M0851, qu’elle a tenu devant nos yeux.

Les designers n’ont pas tardé à sentir l’effet Michèle. À sa boutique de la rue Ahmerst, Dinh Bá Nguyen a trouvé une file d’attente en arrivant, au lendemain d’un gala où Michèle portait un de ses ensembles pantalon - il n’en revient toujours pas ! Denis Gagnon, qui n’a plus de boutiques, a un carnet de rendez-vous qui déborde, et Tavan et Mitto, qui ont commencé à vendre chez La Baie, n’ont jamais été autant sollicité!

Les péquistes, les libérales, les femmes d’affaires, toutes celles qui ont de l’influence n’en ont plus que les pour les couturiers québécois. C’est à celle qui parlera de son ami Salvatore Parasuco, cette autre qui fait remarquer que c’est une robe de la prochaine collection de Rush Couture qu’elle porte aujourd’hui, et telle autre qui ne parle de rien aussi longtemps que sa voisine de table, lors d’un déjeuner de la Chambre de Commerce, lui demande si cette élégance qu’elle croit reconnaître est un Dolce-Gabana ? Non, non, c’est Morales, une jeune montréalaise très talentueuse, s’entend-t-elle répondre.


Du coup, le public réalise que nos couturiers sont nombreux, qu'en s'habillant chez eux, on fait une affaire et on est dans le ton! Les couturiers québécois sont à la mode!

La France vient voir, parle de nos jeunes couturiers, du vent nouveau qui souffle sur la mode. Denis Gagnon est invité par la Chambre syndicale de la haute couture pour le défilé automne-hiver 2009-2010. Le ministre Bachand, lui, est invité à dire à TVA, ce qu'il fait pour soutenir et encourager cette industrie émergente si prometteuse. Des missions économiques sont organisées en grande pompe, on ne parle que du Design. Et l'Industrie du textile, qui s'est longtemps appelée l'industrie de la mode, regarde le train passer et se bat la coulpe de ne jamais avoir supporté un designer, de ne pas avoir trouver à faire, d'un Philippe Dubuc, une marque de prestige vendue dans toutes les grandes villes des États-Unis.

Il n'est pas trop tard, dit le ministre Bachand; sautez dans le train en marche, lance-t-il la main tendue.

L'Industrie fera-t-elle encore la sourde oreille?

L'angoisse de la réponse me réveille.

Ce n'était qu'un rêve...

vendredi 2 janvier 2009

Bonne Année les nouvelles mamans

Bonne Année à Tous et Toutes, qui me lisez, qui m'accompagnez en pensée, et merci d'être là.

On fait tout un plat du premier bébé de l'année: c'est un garçon cette fois, ici au Québec. Il sera allaité, peut-être. Je lui souhaite, si je suis une fée (!) qui peut souffler une qualité jusqu'à sa bassine d'hôpital, je lui chuchote à l'oreille la qualité de la compassion.

Cela fait de nous de meilleurs humains.

Sa maman sera encouragée à allaiter, donc. Allaiter est l'affaire des mamans et de leur nouveau bébé, mais c'est aussi l'affaire des papas et des autres enfants. Ce qui concerne les mamans nous concerne tous.
On donne un repas en cadeau, par exemple.

L'allaitement, quand je suis née, était passé de mode. La «science» et la médecine affirmait haut et fort que les préparations de lait artificiel étaient meilleures. Une femme, une américaine, a décidé que ça n'avait pas de sens. Était-elle traditionaliste, était-elle révolutionnaire? Croyait-elle qu'autrefois c'était bien mieux? On a compris, ces dernières années, qu'être avant-gardiste est quelquefois retourner voir les pratiques d'avant la révolution industrielle. Cette femme, Edwina Froehlich, avait 36 ans. On s'en laisse moins imposer. Elle est morte en 2008, et le New-York Times Magazine, qui consacre son numéro du 28 décembre à souligner la contribution de gens décédés dans l'année, lui a réservé deux pages pour nous raconter son histoire. Le lien est long, mais si vous voulez lire la papier, allez à: http://www.nytimes.com/2008/12/28/magazine/28froelich-t.html?_r=1&scp=1&sq=Edwina&st=cse

Edwina, nous saluons ta mémoire.

La ligue La leche, que tu as fondée avec tes voisines et tes amies, aide encore beaucoup de femmes — car si allaiter est naturel, il y a un tas de trucs qui aident le geste, et quand les mamelons craquent, il y a aussi des choses simples à faire (www.allaitement.ca).

Ça a mis deux ans, seulement, pour que les six amies d'Edwina, toutes fondatrices de La Leche, soient débordées d'appels à l'aide. Elle ont décidé de publier une petite lettre à toutes, et quand cinq ans plus tard, elles ont réussi à en faire une petit livre, elles en ont vendu plus d'un million.
Tout ça dans le dos des médecins, n'oublions pas.

Peu à peu, des chercheurs se sont intéressés à l'allaitement, et ont «découvert» les bienfaits et les mérites de l'allaitement, tant au niveau psychologique que physiologique, tant pour la mère que pour l'enfant — surtout pour le bébé, on le comprend bien. Pouvez-vous croire que les pédiatres américains recommandent maintenant d'allaiter un an, au minimum??

Cinquante ans plus tard, La Leche est maintenant dans 68 pays, c'est quand même incroyable. De révolutionnaires, elles sont passées à rétrograde, et bientôt, elles redeviendront subversives. Les Dr Chicoine de ce monde se chargeront de brasser la cage des bien-pensantes, des institutions encadrant la maternité (incluant les garderies) et c'est en choquant l'opinion publique et la norme consensuelle qu'on mettra l'accent sur le bien-être des femmes et de leur bébé.

Allaiter est prendre le temps. Allaiter est vivre notre animalité. Allaiter est, pendant les premiers mois, vivre dans une bulle. Si je crois que c'est l'affaire de tous, c'est que c'est politique, en plus d'être économique et... humain.

Connaissez-vous de jeunes mamans? Qui, cet hiver, attrapent un rhume après l'autre, une gastro ici, une otite là, et par hasard, peut-être, une pneumonie? Elles sont épuisées, leur travail les stress, leur maternité les stress, leur couple les stress, elles voudraient hurler pour que tout arrête?

Dites-vous: on est passées par là, ressaisis-toi? Tu finiras par prendre le dessus, tu trouveras ton rythme, et puis ton bébé aura deux ans, trois ans, ça ira mieux ?

C'est ainsi que l'on a toujours perpétué l'oppression sociologique, pour toutes sortes de situations souffrantes. Et c'est vrai, on finit par se «ressaisir», on «prend le dessus».

Au prix d'un durcissement; on se détache, on refoule et on relève la tête. Mais si quelqu'un d'aventure nous rappelle cette souffrance, on tape dessus. C'est un processus psychologique documenté, et c'est éternel aussi longtemps qu'on refuse d'en être conscients. Les gens qui ont des principes rigides — ils se réfugient souvent en religion ou en politique (radicale ou la droite) — sont des inconscients qui serrent les dents.

Mais je m'égare... Pour un meilleur avenir, il faut beaucoup de compassion: d'abord pour soi,

Puis de la compassion pour les autres.

C'est ce que je nous souhaite, pour l'an tout neuf.