jeudi 15 octobre 2009

printemps-été 2010 de la Mode à Montréal

Si on se fie aux défilés de la Semaine de Mode de Montréal, nous porterons des robes l’été prochain. Nous aurons des «hotpants» et des jupes très courtes. Nous serons féminines, la taille sera plutôt à sa place, et les jupes droites ne le cèderont qu’aux jupes larges, mais les robes seront de toutes les tendances, mini, ou plus près des genoux, les corsages près du corps. Ce sera vert, rouge — beaucoup de rouges — noir et grège, beige, écru, blanc. L’été quoi.

Les défilés étaient sages, de belles coupes, des détails de couture, de belles constructions. Mais sages — jusqu’à Helmer. puis Denis Gagnon. Ce dernier soir-là, l’émotion s’est emparée de nous, et Denis nous a coupé le souffle.

La maîtrise et la recherche créative de ces deux-là les place dans une classe à part. Helmer nous a imbibé de musique religieuse, des chœurs de moines et des chorales d’église, puis nous a transporté dans une Espagne imaginaire, ces femmes au visage caché par un voile, ces coiffes... Des spirales de tissus, des coquetteries de raffinements. Des pantalons à pois? Non, ces pastilles sont des boutons! Des pantalons dont les pois sont des boutons, qui se fendent au milieu derrière, au bas des genoux.
Ces froufrous en écharpe, en décoration de bas de jupes, ces visages envahis de dentelles, ces corsages si travaillés, si touffus, si délicats. Ces organzas, ces tulles moutarde, ces robes courtes de dentelles, ces robes longues extravagantes. Et soudain, les patchworks.
Il faut savoir que Joseph Helmer fabrique ses propres tissus.
Il fabrique ses carrés, ses rectangles à partir de chutes de tissus, et les assemble. Ce goût qu’il a , pour mélanger les motifs et les couleurs, c’est à vous faire pleurer. Quand il défile, Helmer justifie la Semaine de la mode. Quand on voit ce corsage blanc et qu’on sait qu’il a perlé les détails, on pardonne le faux pas, ces souliers impossible qui ont fait tomber QUATRE fois un mannequin qui s’est retrouvé sur les genoux alors qu’elle devait poser. La régisseure est arrivée en courant pour la soutenir et la faire sortir. Le public a applaudi.
Le défilé a repris. La jupe patchwork s’est présentée, avec une sorte de drapeau sur le côté , on lisait Je suis la plus belle.
Je ne sais pas. Le bustier de tulle noire, , la robe espagnole ajustée aux hanches puis large au bas, qui était ouverte sur le côté et boutonnée... quand les cloches ont sonné, la mariée portait une étole en tulle parsemées de fleurs piqueés.
Marie Saint-Pierre, notre grande designer, la doyenne des couturiers qui a 22 annnées de travail derrière elle, Marie Saint-Pierre s’est levée pour applaudir Helmer.

Elle se relèvera aussi pour Denis Gagnon. Qui nous emmenait dans un autre univers, ailleurs.

Nous avions été prévenus : il y aurait des zips.

Nous n’avions pas imaginé qu’ils ferient des cols, des ceintures, des décorations de souliers. Que les bordures de manches, les colliers, les ««pompons » seraient fabriqués à partir de bout de fermetures éclairs. Qu’il y en aurait des rangées et des rangées, en groups, des coutures en rangée de zip. Il a coupé des zip, les a séparé, en a fait des colliers, des licous, des cravates. des poches. Imaginez tout ce qui se coud, et prenez une rangée d,une fermeture éclair, vous en faite une encolure. Vous imaginez des robes, très courtes, les tissus sont twistés, avec un art impossible à décrire. Les mots ne font pas le poids des images qui nous font de grands yeux. Du noir pour les cuirs, mais aussi ce vert menthe, ce vert cuir coupé, travaillé, souple. des pantalons de voiles, des robes grises, les zip sont en coupole, c’est inimaginable.
Pensez au temps que ça a pris, pour trouver comment les tourner, les monter, les assembler. Pensez aux heures où «ma tante Denise» comme ses jeunes stagiaires l,appellent, a réfléchi, ou rêvé à des vêtements contruits autour de bouts de fermetures éclairs. Une folie.

Une semaine de mode qui se termine par ces deux grands coups nous fait oublier l’ennuie qu’on a pu ressentir devant le prêt-à-porter de commerce qu’on nous servait gentiment.

Il y eut Ève Gravel, il est vrai. Qui nous a lancé une mariée au départ, et a terminé son défilé avec une veuve au grand parasol de dentelle. Eve Gravel, merci. J’ai vu la jeunesse, la modernité, la vivacité entouré le talent et la coupe impeccable.

J’aurais aimé dire de Muse autre chose que la sagessse, l,Humilité de son créateur Christian Chenail. Les tenues étaient belles, très «portables» et très bien coupées. Les cols, les vestes de Muses sont désirables. Il a manqué une folie de passerelle, mais on portera plus souvent Muse, cela est vrai, que Denis Gagnon et Helmer. Mais ces deux-là font paraître les autres un peu ternes, même Andy The Anh, dont les robes sont découpées au couteau, près du corps, dans des bleus et des grèges certainement seyants.

L’émotion, c’est Helmer qui nous l’a donnée.

La Semaine de Mode de Montréal propose de tout, c’est voulu. Des marques qui diffusent partout comme Soia et Kyo, des débutant comme Dimitri Kris, des artistes comme Denis Gagnon, et c’est vrai que la mode, c’est tout cela.

Mais sans l’art, sans ces artistes de la couture, ce serait plus proche d’un congrès que d’un événement culturel. Grâce à ces artistes, la mode s’élève et nous touche au delà de son aspect pratique et commun.

mercredi 7 octobre 2009

Une alarme personnelle pour ma sécurité

Un jour, je devais avoir 17 ans, il était dix heures, un soir d’automne.
Je rentrais tranquillement à la maison. Soudain, je sens une main sur ma fesse. Je me retourne et je rugis. Je rugis, un cri surgi de je ne sais où, puissant, rageur. Le type a pris la ruelle que j’allais croiser et ses jambes à son cou. J’ai crié: viens icitt, toé! de la même voix forte et emplie de colère. Je me souviens encore du silence qui a suivi, personne n’est sorti voir, tout était tranquille et je bouillais de rage.
D’où nous viennent nos réflèxes? Je n’aurais jamais cru avoir cette voix grave et puissante et cette rage en moi. On -ne - me -touche- pas - sans- ma-permission.
J’ai maintenant une fille. Elle vient d’avoir 21 ans. Chaque soir où elle rentre tard, je ne dors pas. J’ai fait de la relaxation guidée, pris des somnifères en vente libre, rien n’y fait.
Un matin, dans mon courrier, je reçois une enveloppe à bulles. J’ouvre et trouve... un gadget. Un joli machin qui ressemble à une petite caméra numérique ou un petit téléphone cellulaire. Il est joliment décoré d’un motif japonisant, des petites fleurs blanches sur un fond bleu. Le communiqué qui est dans l’enveloppe parle d’une alarme Ila Dusk et m’apprend que 51% des Canadiennes seront victimes de violence au cours de leur vie et que plus de la moitié d'entre nous ne se sentent pas en sécurité lorsque nous marchons seule le soir dans notre quartier.
Je poursuis ma lecture et j’appends que dans les situations de peur ou de danger intense, la montée d’adrénaline amène parfois les femmes à perdre la voix.
C’est le cas de ma fille de 21 ans, ai-je appris en lui refilant l’alarme Ila Dusk !
Heureusement que je ne le savais pas avant ! Elle s’est emparée du gadget et ne s’en sépare plus. Je me sens pour ma part un peu plus rassurée, comme si un ange gardien en forme de cri accompagnait dorénavant ma grande enfant quand elle vit sa vie de jeune femme urbaine.
Pour votre information, Ila Dusk est une invention britannique, et le bidule émet un cri effrayant qui crève les tympans. Si vous allez sur le site de Ila Dusk (dusk veut dire crépuscule) vous penserez que ce n’est disponible qu’au Royaume Uni. Soyez patientes : le 14 octobre, la Baie le vendra (29$). Juste à temps pour Halloween !

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